CONTRE-RÉCITS DE L’EAU
Une vidéo narrative de Disnovation.org
Journées de restitution : vendredi 29 et samedi 30 novembre 2024
CONTRE-RÉCITS DE L’EAU
DISNOVATION.ORG avec Clémence Seurat
La restitution de la commande adressée au collectif DISNOVATION.ORG s’est déroulée sur deux journées les 29 et 30 novembre 2024 entre Saint-Claude et Villards-d’Héria.
Vendredi 29 novembre, nous avons accueilli les professionnels et les personnes intéressées en milieu d’après-midi. Une visite du musée de l’Abbaye par Valérie Pugin, directrice, suivie d’un accueil de Christophe Jonneau à La Fraternelle, lieu de restitution de la première projection de la vidéo-narrative du collectif Disnovation.org.
La possibilité de présenter le travail au sein de ce lieu, un des symboles de l’histoire collective et coopérative en Franche-Comté avait tout son sens puisque la question du commun était au centre de la réflexion des recherches menées dans les trois pays. L’histoire de La Fraternelle est caractérisée par la création d’un fonds social collectif après avoir initialement impulsé une société d’alimentation. Ce fonds social collectif alimente des caisses de solidarité et des groupements culturels mais servira aussi à la création de coopératives de production. Viendra ensuite le projet de création de Maison du peuple inspiré du modèle du « Vooruit » de Gand !
La projection de Contre récits de l’eau dans la salle de cinéma de La Fraternelle est suivie d’un échange avec les artistes qui retracent leur cheminement depuis le démarrage du projet, l’aboutissement à la réalisation de la vidéo. Les réflexions se poursuivent dans la grande salle du café de La Fraternelle où nous poursuivons la soirée.
Samedi 30 novembre, les personnes (principalement les invités.es) qui avaient assisté à la projection pouvaient physiquement s’immerger dans un paysage jurassien et découvrir des caractéristiques karstiques : pertes, lapiaz, revenir sur certains questions évoquées au sein de la vidéo, comprendre cette notion d’invisibilité à l’origine de la commande en présence de François Jacquier, spéléologue, et du maire de Villards-d’Héria Jean-Robert Bondier, pour la visite du site archéologique, sanctuaire principal des Séquanes, avec la contribution de Tanguy Glandut du CPIE du Haut-Jura. Jean-Robert Bondier a souhaité – au cours de son mandat – développer deux axes prioritaires, fondements de l’histoire des lieux : la question de l’eau et la reprise des fouilles archéologiques sur le lieu du Pont des Arches. Le sanctuaire est un lieu de culte des eaux. Il est composé de deux sites : le site haut autour du lac d’Antre, qui est une propriété privée non accessible et le site bas dit du « Pont des Arches » ouvert au public. Les deux sites sont intimement liés par les eaux du lac d’Antre. Depuis l’exutoire du Lac d’Antre, cette eau alimente le site bas par une faille karstique. L’eau circule dans le sous-sol pour rejaillir, en particulier, au « puits romain » qui est au centre du site cultuel du Pont des Arches, là où l’eau est sacrée.
Le Puits romain, alimenté en permanence, constitue la source pérenne de l’Héria. En période de pluie soutenue le massif calcaire se remplit petit à petit et d’autres sources se mettent à jaillir en amont. C’est le cas du « Puits Blanc » suivi du « Puits Noir ». Le premier se présente sous la forme d’un vaste entonnoir tapissé de galets, tantôt vide, tantôt plein d’eau à ras bords. Le puits Noir quant à lui s’apparente à un vaste gouffre rocheux ou un niveau d’eau peut varier avec une amplitude de plus de 12 m en fonction des intempéries. Ces deux phénomènes karstiques ne sont malheureusement que peu pénétrables par les spéléologues. L’étape suivante permet au groupe de découvrir le site sauvage du lac d’Antre. On est ici à l’extrême amont du réseau hydrologique qui alimente les sources du Puits Romain, du Puits Blanc et du Puits Noir. Dans l’angle sud-ouest du plan d’eau le trop-plein du lac se perd au fond d’un renfoncement rocheux à travers des blocs. Des expériences de traçages à la fluoresceine démontrent que l’eau met une trentaine d’heures avant de réapparaitre dans les trois sources. Une écluse a été aménagée devant la perte, elle permettait de gérer les apports d’eau qui faisaient tourner tout un ensemble de roues de moulins dans la vallée de Villards-d’Héria.
La matinée s’achève au lapiaz des Fournets, une vaste zone de plusieurs hectares où la surface de calcaire est dépourvue de végétation. Cette grande dalle rocheuse, légèrement en pente, présente tout un ensemble de rigoles esthétiques et de failles profondes qui traduisent les effets érosion / corrosion des eaux de ruissèlement sur les roches carbonatées. Un paysage typique des massifs karstiques.
La réponse du collectif Disnovation.org en collaboration avec Clémence Seurat : Contre-récits de l’eau
La réalisation proposée prend la forme d’une vidéo narrative intitulée Contre-récits de l’eau. L’enquête visuelle suit le cours de l’eau qui s’infiltre dans la roche, disparaît et resurgit ailleurs, elle remonte les temps profonds géologiques et retrace des anecdotes et des histoires collectives. Les paysages karstiques forment une zone sentinelle où s’observe une série de tensions liées à l’eau, actuelles et à venir, dans les domaines agricole, écologique et sanitaire. Le collectif croise l’étude qui en découle avec des témoignages, locaux et globaux, afin d’ouvrir une réflexion et envisager des communs de l’eau, au présent et au futur.
« Dans le confort moderne, l’abondance de l’eau et sa disponibilité permanente la rendent paradoxalement invisible. Les circulations souterraines et les systèmes hydrologiques complexes, tels que les karsts, sont relégués à l’arrière-plan de la vie quotidienne. L’eau devient un simple facteur de production.
Face à cette réalité, des initiatives émergent. Des contre-récits viennent amplifier les voix et les pratiques qui réinventent notre relation à l’eau et aux milieux, en marge des discours dominants. Dans le Jura, l’histoire des coopératives, pionnières de la sécurité sociale, pourrait inspirer une gestion collective de l’eau. Le karst, avec ses réseaux sous terre et sans frontières, impose une réflexion sur l’interdépendance et le commun, nous invitant à imaginer de nouvelles utopies coopératives autour de l’eau.
À travers un tissage d’illustrations 3D, d’entretiens, d’images de terrain, et d’images scientifiques, cet essai vidéo explore les enjeux de l’eau à travers cinq chapitres, abordant les perspectives des récits pré-scientifiques, du refus de l’eau courante, de la pénurie et de la mise au travail des cours d’eau. » (Disnovation.org)











